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Jean Racine - Britannicus
AGRIPPINE Arrête, chère Albine, Je sais que j'ai moi seule avancé leur ruine ; Que du trône, où le sang l'a dû faire monter, Britannicus par moi s'est vu précipiter. Par moi seule, éloigné de l'hymen d'Octavie, La frère de Junie abandonna la vie, Silanus, sur qui Claude avait jeté les yeux, Et qui comptait Auguste au rang de ses aïeux. Néron jouit de tout : et moi, par récompense, Il faut qu'entre eux et lui je tienne la balance, Afin que quelque jour, par une même loi, Britannicus la tienne entre mon fils et moi.
ALBINE Quel dessein !
AGRIPPINE Je m'assure un port dans la tempête. Néron m'échappera si ce frein ne l'arrête.
ALBINE Mais prendre contre un fils tant de soins superflus ?
AGRIPPINE Je le craindrais bientôt s'il ne me craignait plus.
ALBINE Une juste frayeur vous alarme peut-être. Mais si Néron pour vous n'est plus ce qu'il doit être, Du moins son changement ne vient pas jusqu'à nous, Et ce sont des secrets entre César et vous. Quelques titres nouveaux que Rome lui défère, Néron n'en reçoit point qu'il ne donne à sa mère. Sa prodigue amitié ne se réserve rien ; Votre nom est dans Rome aussi saint que le sien ; A peine parle-t-on de la triste Octavie. Auguste, votre aïeul honora moins Livie : Néron devant sa mère a permis le premier Qu'on portât des faisceaux couronnés de laurier ; Quels effets voulez-vous de sa reconnaissance ?
AGRIPPINE Un peu moins de respect et plus de confiance. Tous ces présents, Albine, irritent mon dépit.
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