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Jean Racine - Britannicus
Vous le fortifiez du parti de Junie ; Et la main de Pallas trame tous ces complots. Et, lorsque malgré moi j'assure mon repos, On vous voit de colère et de haine animée, Vous voulez présenter mon rival à l'armée : Déjà jusques au camp le bruit en a couru.
AGRIPPINE Moi, le faire empereur ? Ingrat ! l'avez-vous cru ? Quel serait mon dessein ? qu'aurais-je pu prétendre ? Quels honneurs dans sa cour, quel rang pourrais-je attendre ? Ah ! si sous votre empire on ne m'épargne pas, Si mes accusateurs observent tous mes pas, Si de leur empereur ils poursuivent la mère, Que ferais-je au milieu d'une cour étrangère ? Ils me reprocheraient, non des cris impuissants, Des desseins étouffés aussitôt que naissants, Mais des crimes pour vous commis à votre vue, Et dont je ne serais que trop tôt convaincue. Vous ne me trompez point, je vois tous vos détours ; Vous êtes un ingrat, vous le fûtes toujours ; Dès vos plus jeunes ans, mes soins et mes tendresses N'ont arraché de vous que de feintes caresses. Rien ne vous a pu vaincre ; et votre dureté Aurait dû dans son cours arrêter ma bonté. Que je suis malheureuse ! Et par quelle infortune Faut-il que tous mes soins me rendent importune ! Je n'ai qu'un fils. O ciel ! qui m'entends aujourd'hui, T'ai-je fait quelques voeux qui ne fussent pour lui ? Remords, crainte, périls, rien ne m'a retenue ; J'ai vaincu ses mépris, j'ai détourné ma vue Des malheurs qui dès lors me furent annoncés ; J'ai fait ce que j'ai pu : vous régnez, c'est assez. Avec ma liberté, que vous m'avez ravie, Si vous la souhaitez, prenez encor ma vie, Pourvu que par ma mort tout le peuple irrité Ne vous ravisse pas ce qui m'a tant coûté.
NÉRON Eh bien ! donc, prononcez. Que voulez-vous qu'on fasse ?
AGRIPPINE De mes accusateurs qu'on punisse l'audace ; Que de Britannicus on calme le courroux ; Que Junie à son choix puisse prendre un époux ;
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