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Jean Racine - Britannicus

Des gouverneurs que Rome honorait de sa voix ;
Je fus sourde à la brigue, et crus la renommée ;

J'appelai de l'exil, je tirai de l'armée,

Et ce même Sénèque, et ce même Burrhus,

Qui depuis... Rome alors estimait leurs vertus.

De Claude en même temps épuisant les richesses,

Ma main, sous votre nom, répandait ses largesses.

Les spectacles, les dons, invincibles appas,

Vous attiraient les coeurs des peuples et des soldats,

Qui d'ailleurs, réveillant leur tendresse première,

Favorisaient en vous Germanicus mon père.

Cependant Claudius penchait vers son déclin.

Ses yeux, longtemps fermés, s'ouvrirent à la fin :

Il connut son erreur. Occupé de sa crainte,

Il laissa pour son fils échapper quelque plainte,

Et voulut, mais trop tard, assembler ses amis.

Ses gardes, son palais, son lit m'étaient soumis.

Je lui laissai sans fruit consumer sa tendresse ;

De ses derniers soupirs je me rendis maîtresse :

Mes soins, en apparence, épargnant ses douleurs,

De son fils, en mourant, lui cachèrent les pleurs.

Il mourut. Mille bruits en courent à ma honte.

J'arrêtai de sa mort la nouvelle trop prompte ;

Et tandis que Burrhus allait secrètement

De l'armée en vos mains exiger le serment,

Que vous marchiez au camp, conduit sous mes auspices ;

Dans Rome les autels fumaient de sacrifices ;

Par mes ordres trompeurs tout le peuple excité

Du prince déjà mort demandait la santé.

Enfin, des légions l'entière obéissance

Ayant de votre empire affermi la puissance,

On vit Claude ; et le peuple, étonné de son sort,

Apprit en même temps votre règne et sa mort.

C'est le sincère aveu que je voulais vous faire :

Voilà tous mes forfaits : en voici le salaire :

Du fruit de tant de soins à peine jouissant

En avez-vous six mois paru reconnaissant,

Que, lassé d'un respect qui vous gênait peut-être,

Vous avez affecté de ne plus me connaître.

J'ai vu Burrhus, Sénèque, aigrissant vos soupçons,

De l'infidélité vous tracer des leçons,

Ravis d'être vaincus dans leur propre science.

J'ai vu favorisés de votre confiance,

Othon, Sénécion, jeunes voluptueux,

Et de tous vos plaisirs flatteurs respectueux ;

Et lorsque, vos mépris excitant mes murmures,

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