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Jean Racine - Britannicus
JUNIE Dans un temps plus heureux, ma juste impatience Vous ferait repentir de votre défiance ; Mais Néron vous menace : en ce pressant danger, Seigneur, j'ai d'autres soins que de vous affliger. Allez, rassurez-vous et cessez de vous plaindre : Néron nous écoutait, et m'ordonnait de feindre.
BRITANNICUS Quoi, le cruel...
JUNIE Témoin de tout notre entretien, D'un visage sévère examinait le mien, Prêt à faire sur vous éclater la vengeance D'un geste confident de notre intelligence.
BRITANNICUS Néron nous écoutait, madame ! mais, hélas ! Vos yeux auraient pu feindre, et ne m'abuser pas, Ils pouvaient me nommer l'auteur de cet outrage ? L'amour est-il muet, ou n'a-t-il qu'un langage ? De quel trouble un regard pouvait me préserver ! Il fallait...
JUNIE Il fallait me taire et vous sauver. Combien de fois, hélas ! puisqu'il fallait vous le dire, Mon coeur de son désordre allait-il vous instruire ! De combien de soupirs interrompant le cours, Ai-je évité vos yeux que je cherchais toujours ! Quel tourment de se taire en voyant ce qu'on aime, De l'entendre gémir, de l'affliger soi-même, Lorsque par un regard on peut le consoler ! Mais quels pleurs ce regard aurait-il fait couler ! Ah ! dans ce souvenir, inquiète, troublée, Je ne me sentais pas assez dissimulée : De mon front effrayé je craignais la pâleur ; Je trouvais mes regards trop pleins de ma douleur ; Sans cesse il me semblait que Néron en colère Me venait reprocher trop de soin de vous plaire ; Je craignais mon amour vainement renfermé ; Enfin, j'aurais voulu n'avoir jamais aimé. Hélas ! pour son bonheur, Seigneur, et pour le nôtre, Il n'est que trop instruit de mon coeur et du vôtre !
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