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Jean Racine - Britannicus
Il me le doit, Albine ! Tout, s'il est généreux, lui prescrit cette loi ; Mais tout, s'il est ingrat, lui parle contre moi.
ALBINE S'il est ingrat, madame ? Ah ! toute sa conduite Marque dans son devoir une âme trop instruite. Depuis trois ans entiers, qu'a-t-il dit, qu'a-t-il fait Qui ne promette à Rome un empereur parfait ? Rome, depuis trois ans, par ses soins gouvernée, Au temps de ses consuls croit être retournée ; Il la gouverne en père. Enfin, Néron naissant A toutes les vertus d'Auguste vieillissant.
AGRIPPINE Non, non, mon intérêt ne me rend point injuste : Il commence, il est vrai par où finit Auguste ; Mais crains que, l'avenir détruisant le passé, Il ne finisse ainsi qu'Auguste a commencé. Il se déguise en vain : je lis sur son visage Des fiers Domitius l'humeur triste et sauvage ; Il mêle avec l'orgueil qu'il a pris dans leur sang La fierté des Nérons qu'il puisa dans mon flanc. Toujours la tyrannie a d'heureuses prémices : De Rome, pour un temps, Caius fut les délices ; Mais, sa feinte bonté se tournant en fureur, Les délices de Rome en devinrent l'horreur. Que m'importe, après tout, que Néron, plus fidèle, D'une longue vertu laisse enfin le modèle ? Ai-je mis dans sa main le timon de l'Etat Pour le conduire au gré du peuple et du sénat ? Ah ! que de la patrie il soit, s'il veut, le père : Mais qu'il songe un peu plus qu'Agrippine est sa mère. De quel nom cependant pouvons-nous appeler L'attentat que le jour vient de nous révéler ? Il sait, car leur amour ne peut être ignorée, Que de Britannicus Junie est adorée : Et ce même Néron, que la vertu conduit, Fait enlever Junie au milieu de la nuit ! Que veut-il ? Est-ce haine, est-ce amour qui l'inspire ? Cherche-t-il seulement le plaisir de leur nuire ; Ou plutôt n'est-ce point que sa malignité Punit sur eux l'appui que je leur ai prêté ?
ALBINE Vous, leur appui, madame ?
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