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Jean Racine - Britannicus
Vos amis et les miens, jusqu'alors si secrets, Tandis que nous perdions le temps en vains regrets, Animés du courroux qu'allume l'injustice, Viennent de confier leur douleur à Narcisse. Néron n'est pas encor tranquille possesseur De l'ingrate qu'il aime au mépris de ma soeur. Si vous êtes toujours sensible à son injure, On peut dans son devoir ramener le parjure. La moitié du sénat s'intéresse pour nous : Sylla, Pison, Plautus...
AGRIPPINE Prince, que dites-vous ? Sylla, Pison, Plautus, les chefs de la noblesse !
BRITANNICUS Madame, je vois bien que ce discours vous blesse ; Et que votre courroux, tremblant, irrésolu, Craint déjà d'obtenir tout ce qu'il a voulu. Non, vous avez trop bien établi ma disgrâce ; D'aucun ami pour moi ne redoutez l'audace : Il ne m'en reste plus ; et vos soins trop prudents Les ont tous écartés ou séduits dès longtemps.
AGRIPPINE Seigneur à vos soupçons donnez moins de créance : Notre salut dépend de notre intelligence. J'ai promis, il suffit. Malgré vos ennemis, Je ne révoque rien de ce que j'ai promis. Le coupable Néron fuit en vain ma colère : Tôt ou tard il faudra qu'il entende sa mère. J'essaierai tout à tour la force et la douceur ; Ou moi-même, avec moi conduisant votre soeur, J'irai semer partout ma crainte et ses alarmes, Et ranger tous les coeurs du parti des larmes. Adieu. J'assiégerai Néron de toutes parts. Vous, si vous m'en croyez, évitez ses regards.
SCENE VI - BRITANNICUS, NARCISSE BRITANNICUS Ne m'as-tu point flatté d'une fausse espérance ? Puis-je sur ton récit fonder quelque assurance, Narcisse ?
NARCISSE Oui. Mais, Seigneur, ce n'est pas en ces lieux Qu'il faut développer ce mystère à vos yeux.
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