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Jean Racine - Britannicus
En adoptant Néron, Claudius par son choix, De son fils et du vôtre a confondu les droits. Rome l'a pu choisir. Ainsi, sans être injuste, Elle choisit Tibère adopté par Auguste ; Et le jeune Agrippa, de son sang descendu, Se vit exclu du rang vainement prétendu. Sur tant de fondements sa puissance établie Par vous-même aujourd'hui ne peut être affaiblie : Et, s'il m'écoute encor, madame, sa bonté Vous en fera bientôt perdre la volonté. J'ai commencé, je vais poursuivre mon ouvrage.
SCENE IV - AGRIPPINE, ALBINE ALBINE Dans quel emportement la douleur vous engage, Madame, L'empereur puisse-t-il l'ignorer !
AGRIPPINE Ah ! lui-même à mes yeux puisse-t-il se montrer.
ALBINE Madame, au nom des dieux, cachez votre colère. Quoi ! pour les intérêts de la soeur ou du frère, Faut-il sacrifier le repos de vos jours ? Contraindrez-vous César jusque dans ses amours ?
AGRIPPINE Quoi ! tu ne vois donc pas jusqu'où l'on me ravale, Albine ? C'est à moi qu'on donne une rivale. Bientôt, si je ne romps ce funeste lien, Ma place est occupée, et je ne suis plus rien. Jusqu'ici d'un vain titre Octavie honorée, Inutile à la cour, en était ignorée : Les grâces, les honneurs par moi seule versés, M'attiraient des mortels les voeux intéressés. Une autre de César a surpris la tendresse : Elle aura le pouvoir d'épouse et de maîtresse ; Le fruit de tant de soins, la pompe des Césars, Tout deviendra le prix d'un seul de ses regards. Que dis-je ? l'on m'évite, et déjà délaissée... Ah ! Je ne puis, Albine, en souffrir la pensée. Quand je devrais du ciel hâter l'arrêt fatal, Néron, l'ingrat Néron.... Mais voici son rival.
SCENE V - BRITANNICUS, AGRIPPINE, NARCISSE, ALBINE BRITANNICUS Nos ennemis communs ne sont pas invincibles, Madame ; nos malheurs trouvent des coeurs sensibles :
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