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Jean Racine - Britannicus
BURRHUS Madame, jusqu'ici c'est trop tôt m'accuser ; L'empereur n'a rien fait qu'on ne puisse excuser. N'imputez qu'à Pallas un exil nécessaire : Son orgueil dès longtemps exigeait ce salaire ; Et l'empereur ne fait qu'accomplir à regret Ce que toute la cour demandait en secret. Le reste est un malheur qui n'est point sans ressource : Des larmes d'Octavie on peut tarir la source. Mais calmez vos transports ; par un chemin plus doux, Vous lui pourrez plus tôt ramener son époux : Les menaces, les cris, le rendront plus farouche.
AGRIPPINE Ah ! l'on s'efforce en vain de me fermer la bouche. Je vois que mon silence irrite vos dédains ; Et c'est trop respecter l'ouvrage de mes mains. Pallas n'emporte pas tout l'appui d'Agrippine : Le ciel m'en laisse assez pour me venger ma ruine. Le fils de Claudius commence à ressentir Des crimes dont je n'ai que le seul repentir. J'irai, n'en doutez point, le montrer à l'armée, Plaindre aux yeux des soldats son enfance opprimée, Leur faire, à mon exemple, expier leur erreur. On verra d'un côté le fils d'un empereur Redemandant la foi jurée à sa famille, Et de Germanicus on entendra la fille ; De l'autre, on verra le fils d'Enobarbus, Appuyé de Sénèque et du tribun Burrhus, Qui, tous deux de l'exil rappelés par moi-même, Partagent à mes yeux l'autorité suprême. De nos crimes communs je veux qu'on soit instruit ; On saura les chemins par où je l'ai conduit. Pour rendre sa puissance et la vôtre odieuses, J'avouerai les rumeurs les plus injurieuses ; Je confesserai tout, exils, assassinats, Poison même...
BURRHUS Madame, ils ne vous croiront pas : Ils sauront récuser l'injuste stratagème D'un témoin irrité qui s'accuse lui-même. Pour moi, qui le premier secondai vos desseins, Qui fis même jurer l'armée entre ses mains, Je ne me repens point de ce zèle sincère. Madame, c'est un fils qui succède à son père.
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