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Jean Racine - Britannicus
Sans doute la douleur vous dicte ce langage.
BRITANNICUS Ce discours me surprend, il le faut avouer : Je ne vous cherchais pas pour l'entendre louer. Quoi ! pour vous confier la douleur qui m'accable, A peine je dérobe un moment favorable ; Et ce moment si chère, madame, est consumé A louer l'ennemi dont je suis opprimé ! Qui vous rend à vous-même, en un jour, si contraire ? Quoi ! même vos regards ont appris à se taire ? Que vois-je ? Vous craignez de rencontrer mes yeux ! Néron vous plairait-il ? Vous serais-je odieux ? Ah ! si je le croyais !... Au nom des dieux, madame, Eclaircissez le trouble où vous jetez mon âme. Parlez. Ne suis-je plus dans votre souvenir ?
JUNIE Retirez-vous, Seigneur ; l'empereur va venir.
BRITANNICUS Après ce coup, Narcisse, à qui dois-je m'attendre ?
SCENE VII - NERON, JUNIE, NARCISSE NÉRON Madame...
JUNIE Non, Seigneur, je ne puis rien entendre. Vous êtes obéi. Laissez couler du moins Des armes dont ses yeux ne seront pas témoins.
SCENE VIII - NERON, NARCISSE NÉRON Eh bien ! de leur amour tu vois la violence, Narcisse : elle a paru jusque dans son silence ! Elle aime mon rival, je ne puis l'ignorer ; Mais je mettrai ma joie à le désespérer. Je me fais de sa peine une image charmante ; Et je l'ai vu douter du coeur de son amante. Je la suis. Mon rival t'attend pour éclater : Par de nouveaux soupçons, va, cours le tourmenter. Et tandis qu'à mes yeux on le pleure, on l'adore, Fais-lui payer bien cher un bonheur qu'il ignore.
NARCISSE La fortune t'appelle une seconde fois, Narcisse : voudrais-tu résister à sa voix ?
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