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Jean Racine - Britannicus
NÉRON Je pouvais de ces lieux lui défendre l'entrée ; Mais, madame, je veux prévenir le danger Où son ressentiment le pourrait engager. Je ne veux point le perdre : il vaut mieux que lui-même Entende son arrêt de la bouche qu'il aime. Si ses jours vous sont chers, éloignez-le de vous, Sans qu'il ait aucun lieu de me croire jaloux. De son bannissement prenez sur vous l'offense ; Et, soit par vos discours, soit par votre silence, Du moins par vos froideurs, faites-lui concevoir Qu'il doit porter ailleurs ses voeux et son espoir.
JUNIE Moi ! que je lui prononce un arrêt si sévère ! Ma bouche mille fois lui jura le contraire. Quand même jusque-là je pourrais me trahir, Mes yeux lui défendront, Seigneur, de m'obéir.
NÉRON Caché près de ces lieux, je vous verrai, madame. Renfermez votre amour dans le fond de votre âme : Vous n'aurez point pour moi de langages secrets ; J'entendrai des regards que vous croirez muets ; Et sa perte sera l'infaillible salaire D'un geste ou d'un soupir échappé pour lui plaire.
JUNIE Hélas ! si j'ose encor former quelques souhaits, Seigneur, permettez-moi de ne le voir jamais !
SCENE IV - NERON, JUNIE, NARCISSE NARCISSE Britannicus, Seigneur, demande la princesse ; Il approche.
NÉRON Qu'il vienne.
JUNIE Ah ! Seigneur !
NÉRON Je vous laisse. Sa fortune dépend de vous plus que de moi : Madame, en le voyant, songez que je vous voi.
SCENE V - JUNIE, NARCISSE
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