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Jean Racine - Britannicus
Je ne me flatte point d'une gloire insensée : Je sais de vos présents mesurer la grandeur ; Mais plus ce rang sur moi répandrait de splendeur, Plus il me ferait honte, et mettrait en lumière Le crime d'en avoir dépouillé l'héritière.
NÉRON C'est de ses intérêts prendre beaucoup de soin, Madame ; et l'amitié ne peut aller plus loin. Mais ne nous flattons point, et laissons le mystère : La soeur vous touche ici beaucoup moins que le frère, Et pour Britannicus...
JUNIE Il a su me toucher, Seigneur ; et je n'ai point prétendu m'en cacher. Cette sincérité, sans doute, est peu discrète ; Mais toujours de mon coeur ma bouche est l'interprète. Absente de la cour, je n'ai pas dû penser, Seigneur, qu'en art de feindre, il fallut m'exercer. J'aime Britannicus. Je lui fus destinée Quand l'empire devait suivre son hyménée : Mais ces mêmes malheurs qui l'en ont écarté, Ses honneurs abolis, son palais déserté, La fuite d'une cour que sa chute a bannie, Sont autant de liens qui retiennent Junie. Tout ce que vous voyez conspire à vos désirs ; Vos jours toujours sereins coulent dans les plaisirs ; L'empire en est pour vous l'inépuisable source ; Ou, si quelque chagrin en interrompt la course, Tout l'univers, soigneux de les entretenir, S'empresse à l'effacer de votre souvenir. Britannicus est seul. Quelque ennui qui le presse, Il ne voit, dans son sort, que moi qui s'intéresse, Et n'a pour tout plaisir, Seigneur, que quelques pleurs Qui lui font quelquefois oublier ses malheurs.
NÉRON Et ce sont ces plaisirs et ces pleurs que j'envie, Que tout autre que lui me paierait de sa vie. Mais je garde à ce prince un traitement plus doux : Madame, il va bientôt paraître devant vous.
JUNIE Ah ! Seigneur ! vos vertus m'ont toujours rassurée.
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