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Jean Racine - Britannicus
Vous vous troublez, madame, et changez de visage. Lisez-vous dans mes yeux quelque triste présage ?
JUNIE Seigneur, je ne vous puis déguiser mon erreur ; J'allais voir Octavie, et non pas l'empereur.
NÉRON Je le sais bien, madame, et n'ai pu sans envie Apprendre vos bontés pour l'heureuse Octavie.
JUNIE Vous, Seigneur ?
NÉRON Pensez-vous, madame, qu'en ces lieux, Seule pour vous connaître, Octavie ait des yeux.
JUNIE Et quel autre, Seigneur, voulez-vous que j'implore ? A qui demanderai-je un crime que j'ignore ? Vous qui le punissez, vous ne l'ignorez pas : De grâce, apprenez-moi, Seigneur, mes attentats.
NÉRON Quoi ? madame, est-ce donc une légère offense De m'avoir si longtemps caché votre présence ? Ces trésors dont le ciel voulut vous embellir, Les avez-vous reçus pour les ensevelir ? L'heureux Britannicus verra-t-il sans alarmes Croître, loin de nos yeux, son amour et vos charmes ? Pourquoi, de cette gloire, exclu jusqu'à ce jour, M'avez-vous, sans pitié, relégué dans ma cour ? On dit plus : vous souffrez, sans en être offensée, Qu'il vous ose, madame, expliquer sa pensée : Car je ne croirai point que sans me consulter La sévère Junie ait voulu le flatter, Ni qu'elle ait consenti d'aimer et d'être aimée, Sans que j'en sois instruit que par la renommée.
JUNIE Je ne vous nierai point, Seigneur, que ses soupirs M'ont daigné quelquefois expliquer ses désirs. Il n'a point détourné ses regards d'une fille, Seul reste du débris d'une illustre famille : Peut-être qu'il se souvient qu'en un temps plus heureux
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