bibliotheq.net - littérature française
 

Jean Racine - Britannicus

Vous venez de bannir le superbe Pallas,
Pallas, dont vous savez qu'elle soutient l'audace.

NÉRON
Eloigné de ses yeux, j'ordonne, je menace,
J'écoute vos conseils, j'ose les approuver ;

Je m'excite contre elle, et tâche à la braver :

Mais, je t'expose ici mon âme toute nue,

Sitôt que mon malheur me ramène à sa vue,

Soit que je n'ose encor démentir le pouvoir

De ces yeux où j'ai lu si longtemps mon devoir ;

Soit qu'à tant de bienfaits ma mémoire fidèle

Lui soumette en secret tout ce que je tiens d'elle.

Mais enfin mes efforts ne me servent de rien :

Mon génie étonné tremble devant le sien.

Et c'est pour m'affranchir de cette dépendance,

Que je la fuis partout, que même je l'offense,

Et que, de temps en temps, j'irrite ses ennuis,

Afin qu'elle m'évite autant que je la fuis.

Mais je t'arrête trop : retire-toi, Narcisse ;

Britannicus pourrait t'accuser d'artifice.

NARCISSE
Non, non ; Britannicus s'abandonne à ma foi :
Par son ordre, Seigneur, il croit que je vous voi,

Que je m'informe ici de tout ce qui le touche,

Et veut de vos secrets être instruit par ma bouche.

Impatient, surtout, de revoir ses amours,

Il attend de mes soins ce fidèle secours.

NÉRON
J'y consens ; porte-lui cette douce nouvelle :
Il la verra.

NARCISSE
Seigneur, bannissez-le loin d'elle.

NÉRON
J'ai mes raisons, Narcisse ; et tu peux concevoir
Que je lui vendrai cher le plaisir de la voir.

Cependant vante-lui ton heureux stratagème ;

Dis-lui qu'en sa faveur on me trompe moi-même,

Qu'il la voit sans mon ordre. On ouvre ; la voici.

Va retrouver ton maître, et l'amener ici.

SCENE III - NERON, JUNIE


NÉRON

< page précédente | 16 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.