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Jean Racine - Britannicus
Que veux-tu ? Je ne sais si cette négligence, Les ombres, les flambeaux, les cris et le silence, Et le farouche aspect de ses fiers ravisseurs, Relevaient de ses yeux les timides douceurs, Quoi qu'il en soit, ravi d'une si belle vue, J'ai voulu lui parler, et ma voix s'est perdue : Immobile, saisi d'un long étonnement, Je l'ai laissé passer dans son appartement. J'ai passé dans le mien. C'est là que, solitaire, De son image en vain j'ai voulu me distraire. Trop présente à mes yeux je croyais lui parler ; J'aimais jusqu'à ses pleurs que je faisais couler. Quelquefois, mais trop tard, je lui demandais grâce : J'employais les soupirs, et même la menace. Voilà comme, occupé de mon nouvel amour, Mes yeux, sans se fermer, ont attendu le jour. Mais je m'en fais peut-être une trop belle image : Elle m'est apparue avec trop davantage : Narcisse, qu'en dis-tu ?
NARCISSE Quoi, Seigneur ! croira-t-on Qu'elle ait pu si longtemps se cacher à Néron
NÉRON Tu le sais bien, Narcisse. Et que sa colère M'imputât le malheur qui lui ravit son frère ; Soit que son coeur, jaloux d'une austère fierté, Enviât à nos yeux sa naissante beauté ; Fidèle à sa douleur, et dans l'ombre enfermée, Elle se dérobait même à sa renommée : Et c'est cette vertu, si nouvelle à la cour, Dont la persévérance irrite mon amour. Quoi ? Narcisse, tandis qu'il n'est point de Romaine Que mon amour n'honore et ne rende plus vaine, Qui, dès qu'à ses regards elle ose se fier, Sur le coeur de César ne les vienne essayer, Seule, dans son palais, la modeste Junie Regarde leurs honneurs comme une ignominie, Fuit, et ne daigne pas peut-être s'informer Si César est aimable ou bien s'il sait aimer ! Dis-moi : Britannicus l'aime-t-il ?
NARCISSE Quoi ! s'il l'aime, Seigneur ?
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