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Jean Racine - Britannicus
Je renonce à l'empire où j'étais destiné. Mais je suis seul encor : les amis de mon père Sont autant d'inconnus que glace ma misère, Et ma jeunesse même écarte loin de moi Tous ceux qui dans le coeur me réservent leur foi. Pour moi, depuis un an, qu'un peu d'expérience M'a donné de mon sort la triste connaissance, Que vois-je autour de moi, que des amis vendus Qui, choisis par Néron pour ce commerce infâme, Quoi qu'il en soit, Narcisse, on me vend tous les jours ; Il prévoit mes desseins, il entend mes discours ; Comme toi, dans mon coeur, il sait ce qui se passe. Que t'en semble, Narcisse ?
NARCISSE Ah ! quelle âme assez basse... C'est à vous de choisir des confidents discrets, Seigneur, et de ne pas prodiguer vos secrets.
BRITANNICUS Narcisse, tu dis vrai. Mais cette défiance Est toujours d'un grand coeur la dernière science ; On le trompe longtemps. Mais enfin je te croi, Ou plutôt je fais voeu de ne croire que toi. Mon père, il m'en souvient, m'assura de ton zèle : Seul de ses affranchis tu m'es toujours fidèle ; Tes yeux, sur ma conduite incessamment ouverts, M'ont sauvé jusqu'ici de mille écueils couverts. Va donc voir si le bruit de ce nouvel orage Aura de nos amis excité le courage ; Examine leurs yeux, observe leurs discours ; Vois si j'en puis attendre un fidèle secours. Surtout dans ce palais remarque avec adresse Avec quel soin Néron fait garder la princesse : Sache si du péril ses beaux yeux sont remplis, Et si son entretien m'est encore permis. Cependant de Néron je vais trouver la mère Chez Pallas, comme toi l'affranchi de mon père : Je vais la voir, l'aigrir, la suivre et, s'il se peut, M'engager sous son nom plus loin qu'elle ne veut.
ACTE II - - - -
SCENE PREMIERE - NÉRON, BURRHUS, NARCISSE, Gardes NÉRON N'en doutez point, Burrhus : malgré ses injustices, C'est ma mère, et je veux ignorer ses caprices.
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