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Jean Racine - Britannicus
Ah ! prince, où courez-vous ? Quelle ardeur inquiète Parmi vos ennemis en aveugle vous jette ? Que venez-vous chercher ?
BRITANNICUS Ce que je cherche ? Ah ! dieux ! Tout ce que j'ai perdu, madame, est en ces lieux. De mille affreux soldats Junie environnée S'est vue en ce palais indignement traînée. Hélas ! de quelle horreur ses timides esprits A ce nouveau spectacle auront été surpris ? Enfin on me l'enlève. Une loi trop sévère Va séparer deux coeurs qu'assemblait leur misère : sans doute on ne veut pas que, mêlant nos douleurs, Nous nous aidions l'un l'autre à porter nos malheurs.
AGRIPPINE Il suffit. Comme vous je ressens vos injures ; Mes plaintes ont déjà précédé vos murmures. Mais je ne prétends pas qu'un impuissant courroux Dégage ma parole et m'acquitte envers vous. Je ne m'explique point. Si vous voulez m'entendre, Suivez-moi chez Pallas, où je vais vous attendre.
SCENE IV - BRITANNICUS, NARCISSE BRITANNICUS La croirai-je, Narcisse ? et dois-je sur sa foi La prendre pour arbitre entre son fils et moi ? Qu'en dis-tu ? N'est-ce pas cette même Agrippine Que mon père épousa jadis pour sa ruine, Et qui, si je t'en crois, a de ses derniers jours, Trop lents pour ses desseins précipité le cours ?
NARCISSE N'importe. Elle se sent comme vous outragée ; A vous donner Junie elle s'est engagée ; Unissez vos chagrins, liez vos intérêts ; Ce palais retentit en vain de vos regrets : Tandis qu'on vous verra d'une voix suppliante Semer ici la plainte et non pas l'épouvante, Que vos ressentiments se perdront en discours, Il n'en faut pas douter, vous vous plaindrez toujours.
BRITANNICUS Ah ! Narcisse ! tu sais si de la servitude Je prétends faire encore une longue habitude ; Tu sais si pour jamais, de ma chute étonné,
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