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Jean Racine - Athalie
C'était des tristes Juifs l'espérance dernière, Que mes soins vigilants cachaient à la lumière. Mais puisqu'à votre reine il faut le découvrir, Je vais la contenter, nos portes vont s'ouvrir. De ses plus braves chefs qu'elle entre accompagnée : Mais de nos saints autels qu'elle tienne éloignée D'un ramas d'étrangers l'indiscrète fureur : Du pillage du temple épargnez-moi l'horreur. Des prêtres, des enfants lui feraient-ils quelque ombre ? De sa suite avec vous qu'elle règle le nombre. Et quant à cet enfant si craint, si redouté, De votre coeur, Abner, je connais l'équité ; Je vous veux devant elle expliquer sa naissance : Vous verrez s'il le faut remettre en sa puissance, Et je vous ferai juge entre Athalie et lui.
ABNER Ah ! je le prends déjà sous mon appui. Ne craignez rien. Je cours vers celle qui m'envoie.
Scène III. - JOAD, JOSABET, ZACHARIE, SALOMITH, ISMAEL, deux lévites, le choeur. JOAD Grand Dieu, voici ton heure, on t'amène ta proie. Ismaël, écoutez. (Il lui parle à l'oreille.)
JOSABET Puissant maître de cieux, Remets-lui le bandeau dont tu couvris ses yeux, Lorsque, lui dérobant tout le fruit de son crime, Tu cachas dans mon sein cette tendre victime !
JOAD Allez, sage Ismaël, ne perdez point de temps ; Suivez de point en point ces ordres importants ; Surtout qu'à son entrée, et que sur son passage Tout d'un calme profond lui présente l'image. Vous, enfants, préparez un trône pour Joas ; Qu'il s'avance suivi de nos sacrés soldats. Faites venir aussi sa fidèle nourrice, Princesse, et de vos pleurs que la source tarisse. (A un lévite.) Vous, dès que cette reine, ivre d'un fol orgueil, De la porte du temple aura passé le seuil, Qu'elle ne pourra plus retourner en arrière, Prenez soin qu'à l'instant la trompette guerrière Dans le camp ennemi jette un subit effroi.
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