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Jean Racine - Athalie
Il n'a point de pitié déjà rendu capable De nos malheureux rois l'homicide implacable ? Du moins, et Josabet comme moi l'a pu voir, Tantôt à son aspect je l'ai vu s'émouvoir ; J'ai vu de son courroux tomber la violence. Princesse, en ce péril vous gardez le silence ? Hé quoi ! pour un enfant qui vous est étranger Souffrez-vous que sans fruit Joad laisse égorger Vous, son fils, tout ce peuple, et que le feu dévore Le seul lieu sur la terre où Dieu veut qu'on l'adore ? Que feriez-vous de plus, si des rois vos aïeux Ce jeune enfant était un reste précieux ?
JOSABET
, tout bas à Joad.
Pour le sang de ses rois vous voyez sa tendresse : Que ne lui parlez-vous ?
JOAD Il n'est pas temps, princesse.
ABNER Le temps est cher, seigneur, plus que vous ne pensez. Tandis qu'à me répondre ici vous balancez, MATHAN
près d'Athalie, étincelant de rage,
Demande le signal et presse le carnage. Faut-il que je me mette à vos sacrés genoux ? Au nom du lieu si saint qui n'est ouvert qu'à vous, Lieu terrible où de Dieu la majesté repose, Quelque dure que soit la loi qu'on vous impose, De ce coup imprévu songeons à nous parer. Donnez-moi seulement le temps de respirer. Demain, dès cette nuit, je prendrai des mesures Pour assurer le temple et venger ses injures. Mais je vois que mes pleurs et que mes vains discours Pour vous persuader sont un faible secours : Votre austère vertu n'en peut être frappée. Hé bien ! trouvez-moi donc quelque arme, quelque épée ; Et qu'aux portes du temple, où l'ennemi m'attend, Abner puisse du moins mourir en combattant.
JOAD Je me rends. Vous m'ouvrez un avis que j'embrasse. De tant de maux, Abner, détournons la menace. Il est vrai, de David un trésor est resté ; La garde en fut commise à ma fidélité.
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