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Jean Racine - Athalie
Elle m'a fait venir, et, d'un air égaré : «Tu vois de mes soldats tout ce temple entouré, Dit-elle ; un fer vengeur va le réduire en cendre, Et ton Dieu contre moi ne le saurait défendre. Ses prêtres toutefois, mais il faut se hâter, A deux conditions peuvent se racheter : Qu'avec Eliacin on mette en ma puissance Un trésor dont je sais qu'ils ont la connaissance, Par votre roi David autrefois amassé, Sous le sceau du secret au grand prêtre laissé. Va, dis-leur qu'à ce prix je leurs permets de vivre.»
JOAD Quel conseil, cher Abner, croyez-vous qu'on doit suivre ?
ABNER Et tout l'or de David, s'il est vrai qu'en effet Vous gardiez de David quelque trésor secret, Et tout ce que des mains de cette reine avare Vous avez pu sauver et de riche et de rare, Donnez-le. Voulez-vous que d'impurs assassins Viennent briser l'autel, brûler les chérubins, Et, portant sur votre arche une main téméraire, De votre propre sang souiller le sanctuaire ?
JOAD Mais siérait-il, Abner, à des coeurs généreux De livrer au supplice un enfant malheureux, Un enfant que Dieu même à ma garde confie, Et de nous racheter aux dépens de sa vie ?
ABNER Hélas ! Dieu voit mon coeur. Plût à ce Dieu puissant Qu'Athalie oubliât un enfant innocent, Et que du sang d'Abner sa cruauté contente Crût calmer par ma mort le ciel qui la tourmente ! Mais que peuvent pour lui vos inutiles soins ? Quand vous péririez tous, en périra-t-il moins ? Dieu vous ordonne-t-il de tenter l'impossible ? Pour obéir aux lois d'un tyran inflexible, Moïse par sa mère au Nil abandonné, Se vit, presque en naissant, à périr condamné ; Mais Dieu le conservant contre toute espérance, Fit par le tyran même élever son enfance. Qui sait ce qu'il réserve à votre Eliacin ; Et si, lui préparant un semblable destin,
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