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Jean Racine - Athalie

Et força le Jourdain de rebrousser son cours,
Des dieux des nations tant de fois triomphante,

Fuirait donc à l'aspect d'une femme insolente ?»

Ma mère, auprès du roi, dans un trouble mortel,

L'oeil tantôt sur ce prince et tantôt vers l'autel,

Muette et succombant sous le poids des alarmes,

Aux yeux les plus cruels arracherait des larmes.

Le roi de temps en temps la presse entre ses bras,

La flatte... Chères soeurs, suivez toutes mes pas ;

Et, s'il faut aujourd'hui que notre roi périsse,

Allons, qu'un même sort avec lui nous unisse.

SALOMITH
Quelle insolente main frappe à coups redoublés ?
Qui fait courir ainsi ces lévites troublés ?

Quelle précaution leur fait cacher leurs armes ?

Le temple est-il forcé ?

ZACHARIE
Dissipez vos alarmes :
Dieu nous envoie Abner.

Scène II. - JOAD, JOSABET, ZACHARIE, SALOMITH, ABNER, ISMAEL, deux lévites, le
choeur.


JOAD

En croirai-je mes yeux,
Cher Abner ? Quel chemin a pu jusqu'en ces lieux

Vous conduire au travers d'un camp qui nous assiège ?

On disait que d'Achab la fille sacrilège

Avait, pour assurer ses projets inhumains,

Chargé d'indignes fers vos généreuses mains.

ABNER
Oui, seigneur, elle a craint mon zèle et mon courage ;
Mais c'est le moindre prix que me gardait sa rage.

Dans l'horreur d'un cachot, par son ordre enfermé,

J'attendais que, le temple en cendre consumé,

De tant de flots de sang non encore assouvie,

Elle vînt m'affranchir d'une importune vie,

Et retrancher des jours qu'aurait dû mille fois

Terminer la douleur de survivre à mes rois.

JOAD
Par quel miracle a-t-on obtenu votre grâce ?

ABNER
Dieu dans ce coeur cruel sait seul ce qui se passe.

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