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Jean Racine - Athalie
ZACHARIE Redoublez au Seigneur votre ardente prière. Peut-être nous touchons à notre heure dernière ; Pour l'horrible combat, ma soeur, l'ordre est donné.
SALOMITH Que fait Joas ?
ZACHARIE Joas vient d'être couronné. Le grand prêtre a sur lui répandu l'huile sainte. O ciel ! dans tous les yeux quelle joie était peinte A l'aspect de ce roi racheté du tombeau ! Ma soeur, on voit encor la marque du couteau ; On voit paraître aussi sa fidèle nourrice, Qui, cachée en un coin de ce vaste édifice, Gardait ce cher dépôt et n'avait de ses soins Que les yeux de ma mère et que Dieu pour témoins. Nos lévites pleuraient de joie et de tendresse, Et mêlaient leurs sanglots à leurs cris d'allégresse. Lui, parmi ces transports, affable et sans orgueil, A l'un tendait la main, flattait l'autre de l'oeil, Jurait de se régler par leurs avis sincères, Et les appelait tous ses pères ou ses frères.
SALOMITH Ce secret au-dehors est-il aussi semé ?
ZACHARIE Ce secret dans le temple est encor renfermé. Des enfants de Lévi la troupe partagée Dans un profond silence aux portes s'est rangée. Tous doivent à la fois précipiter leurs pas, Et crier pour signal : «Vive le roi Joas» ! Mais mon père défend que le roi se hasarde, Et veut qu'Azarias demeure pour sa garde. Cependant Athalie, un poignard à la main, Rit des faibles remparts de nos portes d'airain. Pour les rompre, elle attend les fatales machines, Et ne respire enfin que sang et que ruines. Quelques prêtres, ma soeur, ont d'abord proposé Qu'en un lieu souterrain, par nos prêtres creusé, On renfermât du moins notre arche précieuse. «O crainte, a dit mon père, indigne, injurieuse ! L'arche qui fit tomber tant de superbes tours,
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