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Jean Racine - Athalie
Tout Juda, comme vous, plaignant la destinée, Avec ses frères morts le crut enveloppé. Du perfide couteau comme eux il fut frappé ; Mais Dieu d'un coup mortel sut détourner l'atteinte, Conserva dans son coeur la chaleur presque éteinte, Permit que, des bourreaux trompant l'oeil vigilant, Josabet dans son sein l'emportât tout sanglant, Et n'ayant de son vol que moi seul pour complice, Dans le temple cachât l'enfant et la nourrice.
JOAS Hélas ! de tant d'amour et de tant de bienfaits, Mon père, quel moyen de m'acquitter jamais ?
JOAD Gardez pour d'autres temps cette reconnaissance. Voilà donc votre roi, votre unique espérance. J'ai pris soin jusqu'ici de vous le conserver : Ministres du Seigneur, c'est à vous d'achever. Bientôt de Jézabel la fille meurtrière, Instruite que Joas voit encor la lumière, Dans l'horreur du tombeau viendra la replonger. Déjà, sans le connaître, elle veut l'égorger. Prêtres saints, c'est à vous de prévenir sa rage. Il faut finir des Juifs le honteux esclavage, Venger vos princes morts, relever votre loi, Et faire aux deux tribus reconnaître leur roi. L'entreprise, sans doute, est grande et périlleuse. J'attaque sur son trône une reine orgueilleuse, Qui voit sous ses drapeaux marcher un camp nombreux De hardis étrangers, d'infidèles Hébreux. Mais ma force est au Dieu dont l'intérêt me guide. Songez qu'en cet enfant tout Israël réside. Déjà ce Dieu vengeur commence à la troubler ; Déjà, trompant ses soins, j'ai su vous rassembler. Elle vous croit ici sans armes, sans défense. Couronnons, proclamons Joas en diligence. De là, du nouveau prince intrépides soldats, Marchons, en invoquant l'arbitre des combats Et, réveillant la foi dans les coeurs endormie, Jusque dans son palais cherchons notre ennemie. Et quels coeurs si plongés dans un lâche sommeil, Nous voyant avancer dans ce saint appareil, Ne s'empresseront pas à suivre notre exemple ? Un roi que Dieu lui-même a nourri dans son temple, Le successeur d'Aaron de ses prêtres suivi,
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