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Jean Racine - Athalie
Et vous, l'un des soutiens de ce tremblant Etat, Vous, nourri dans les camps du saint roi Josaphat, Qui sous son fils Joram commandiez nos armées, Qui rassurâtes seul nos villes alarmées, Lorsque d'Okosias le trépas imprévu Dispersa tout son camp à l'aspect de Jéhu : «Je crains Dieu, dites-vous ; sa vérité me touche !» Voici comme ce Dieu vous répond par ma bouche : «Du zèle de ma loi que sert de vous parer ? Par de stériles voeux pensez-vous m'honorer ? Quel fruit me revient-il de tous vos sacrifices ? Ai-je besoin du sang des boucs et des génisses ? Le sang de vos rois crie et n'est point écouté. Rompez, rompez tout pacte avec l'impiété ; Du milieu de mon peuple exterminez les crimes, Et vous viendrez alors m'immoler des victimes.»
ABNER Hé ! que puis-je au milieu de ce peuple abattu ? Benjamin est sans force, et Juda sans vertu. Le jour qui de leurs rois vit éteindre la race Eteignit tout le feu de leur antique audace. «Dieu même, disent-ils, s'est retiré de nous : De l'honneur des Hébreux autrefois si jaloux, Il voit sans intérêt leur grandeur terrassée, Et sa miséricorde à la fin s'est lassée. On ne voit plus pour nous ses redoutables mains De merveilles sans nombre effrayer les humains ; L'arche sainte est muette et ne rend plus d'oracles.»
JOAD Et quel temps fut jamais si fertile en miracles ? Quand Dieu par plus d'effets montra-t-il son pouvoir ? Auras-tu donc toujours des yeux pour ne point voir, Peuple ingrat ? Quoi ! toujours les plus grandes merveilles Sans ébranler ton coeur frapperont tes oreilles ? Faut-il, Abner, faut-il vous rappeler le cours Des prodiges fameux accomplis en nos jours ? Des tyrans d'Israël les célèbres disgrâces, Et Dieu trouvé fidèle en toutes ses menaces ; L'impie Achab détruit et de son sang trempé Le champ que par le meurtre il avait usurpé ; Près de ce champ fatal Jézabel immolée, Sous les pieds des chevaux cette reine foulée, Dans son sang inhumain les chiens désaltérés, Et de son corps hideux les membres déchirés ;
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