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Jean Racine - Athalie
Réservons cet enfant pour un temps plus heureux. Tandis que les méchants délibèrent entre eux, Avant qu'on l'environne, avant qu'on nous l'arrache, Une seconde fois souffrez que je le cache. Les portes, les chemins lui sont encore ouverts. Faut-il le transporter aux plus affreux déserts ? Je suis prête. Je sais une secrète issue Par où, sans qu'on le voie, et sans être aperçue, De Cédron avec lui traversant le torrent, J'irai dans le désert où jadis en pleurant, Et cherchant comme nous son salut dans la fuite, David d'un fils rebelle évita la poursuite. Je craindrai moins pour lui les lions et les ours... Mais pourquoi de Jéhu refuser le secours ? Je vous ouvre peut-être un avis salutaire. Faisons de ce trésor Jéhu dépositaire. On peut dans ses Etats le conduire aujourd'hui, Et le chemin est court qui mène jusqu'à lui. Jéhu n'a point un coeur farouche, inexorable ; De David a ses yeux le nom est favorable. Hélas ! est-il un roi si dur et si cruel, A moins qu'il n'eut pour mère une autre Jézabel, Qui d'un tel suppliant ne plaignît l'infortune ? Sa cause à tous les rois n'est-elle pas commune ?
JOAD Quels timides conseils m'osez-vous suggérer ? En l'appui de Jéhu pourriez-vous espérer ?
JOSABET Dieu défend-il tout soin et toute prévoyance ? Ne l'offense-t-on point par trop de confiance ? A ses desseins sacrés employant les humains, N'a-t-il pas de Jéhu lui-même armé les mains ?
JOAD Jéhu, qu'avait choisi sa sagesse profonde, Jéhu, sur qui je vois que votre espoir se fonde, D'un oubli trop ingrat a payé ses bienfaits. Jéhu laisse d'Achab l'affreuse fille en paix, Suit des rois d'Israël les profanes exemples, Du vil dieu de l'Egypte a conservé les temples ; Jéhu, sur les hauts lieux enfin osant offrir Un téméraire encens que Dieu ne peut souffrir, N'a pour servir sa cause et venger ses injures Ni le coeur assez droit, ni les mains assez pures.
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