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Jean Racine - Athalie
Est-ce un trésor pour vous si précieux, si rare ? Est-ce un libérateur que le ciel vous prépare ? Songez-y : vos refus pourraient me confirmer Un bruit sourd que déjà l'on commence à semer.
JOSABET Quel bruit ?
MATHAN Que cet enfant vient d'illustre origine ; Qu'à quelque grand projet votre époux le destine.
JOSABET Et Mathan, par ce bruit qui flatte sa fureur...
MATHAN Princesse, c'est à vous à me tirer d'erreur. Je sais que, du mensonge implacable ennemie, Josabet livrerait même sa propre vie, S'il fallait que sa vie à sa sincérité Coûtât le moindre mot contre la vérité. Du sort de cet enfant on n'a donc nulle trace ? Une profonde nuit enveloppe sa race ? Et vous-même ignorez de quels parents issu, De quelles mains Joad en ses bras l'a reçu ? Parlez ; je vous écoute et suis prêt de vous croire. Au Dieu que vous servez, princesse, rendez gloire.
JOSABET Méchant, c'est bien à vous d'oser ainsi nommer Un Dieu que votre bouche enseigne à blasphémer. Sa vérité par vous peut-elle être attestée, Vous, malheureux, assis dans la chaire empestée Où le mensonge règne et répand son poison ; Vous, nourri dans la fourbe et dans la trahison ?
Scène V. - JOAD, JOSABET, MATHAN, NABAL. JOAD Où suis-je ? De Baal ne vois-je pas le prêtre ? Quoi ! fille de David, vous parlez à ce traître ? Vous souffrez qu'il vous parle ? Et vous ne craignez pas Que, du fond de l'abîme entr'ouvert sous ses pas, Il ne sorte à l'instant des feux qui vous embrasent, Ou qu'en tombant sur lui, ces murs ne vous écrasent ? Que veut-il ? De quel front cet ennemi de Dieu Vient-il infecter l'air qu'on respire en ce lieu ?
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