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Jean Racine - Athalie
Mais, soit que cet enfant devant elle amené, De ses parents, dit-on, rebut infortuné, Eût d'un songe effrayant diminué l'alarme, Soit qu'elle eût même en lui vu je ne sais quel charme, J'ai trouvé son courroux chancelant, incertain, Et déjà remettant sa vengeance à demain. Tous ses projets semblaient l'un l'autre se détruire. «Du sort de cet enfant, je me suis fait instruire, Ai-je dit. On commence à vanter ses aïeux ; Joad de temps en temps le montre aux factieux, Le fait attendre aux Juifs comme un autre Moïse, Et d'oracles menteurs s'appuie et s'autorise.» Ces mots ont fait monter la rougeur sur son front. Jamais mensonge heureux n'eut un effet si prompt. «Est-ce à moi de languir dans cette incertitude ? Sortons, a-t-elle dit, sortons d'inquiétude. Vous-même à Josabet prononcez cet arrêt : Les feux vont s'allumer, et le fer est tout prêt : Rien ne peut de leur temple empêcher le ravage, Si je n'ai de leur foi cet enfant pour otage.»
NABAL Hé bien ! pour un enfant qu'ils ne connaissent pas, Que le hasard peut-être a jeté dans leurs bras, Voudront-ils que leur temple, enseveli sous l'herbe...
MATHAN Ah ! de tous les mortels connais le plus superbe. Plutôt que dans mes mains par Joad soit livré Un enfant qu'à son Dieu Joad a consacré, Tu lui verras subir la mort la plus terrible. D'ailleurs pour cet enfant leur attache est visible. Si j'ai bien de la reine entendu le récit, Joad sur sa naissance en sait plus qu'il ne dit. Quel qu'il soit, je prévois qu'il leur sera funeste. Ils le refuseront : je prends sur moi le reste ; Et j'espère qu'enfin de ce temple odieux Et la flamme et le fer vont délivrer mes yeux.
NABAL Qui peut vous inspirer une haine si forte ? Est-ce que de Baal le zèle vous transporte ? Pour moi, vous le savez, descendu d'Ismaël, Je ne sers ni Baal, ni le Dieu d'Israël.
MATHAN
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