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Jean Racine - Athalie

Si du grand prêtre Aaron Joad est successeur,
De notre dernier roi Josabet est la soeur.

Mathan, d'ailleurs, Mathan, ce prêtre sacrilège,

Plus méchant qu'Athalie, à toute heure l'assiège ;

Mathan, de nos autels infâme déserteur,

Et de toute vertu zélé persécuteur.

C'est peu que, le front ceint d'une mitre étrangère,

Ce lévite à Baal prête son ministère ;

Ce temple l'importune, et son impiété

Voudrait anéantir le Dieu qu'il a quitté.

Pour vous perdre il n'est point de ressorts qu'il n'invente ;

Quelquefois il vous plaint, souvent même il vous vante ;

Il affecte pour vous une fausse douceur,

Et, par là de son fiel colorant la noirceur,

Tantôt à cette reine il vous peint redoutable,

Tantôt, voyant pour l'or sa soif insatiable,

Il lui feint qu'en un lieu que vous seul connaissez

Vous cachez des trésors par David amassés.

Enfin, depuis deux jours, la superbe Athalie

Dans un sombre chagrin paraît ensevelie.

Je l'observais hier, et je voyais ses yeux

Lancer sur le lieu saint des regards furieux :

Comme si, dans le fond de ce vaste édifice,

Dieu cachait un vengeur armé pour son supplice.

Croyez-moi, plus j'y pense, et moins je puis douter

Que sur vous son courroux ne soit prêt d'éclater,

Et que de Jézabel la fille sanguinaire

Ne vienne attaquer Dieu jusqu'en son sanctuaire.

JOAD
Celui qui met un frein à la fureur des flots
Sait aussi des méchants arrêter les complots.

Soumis avec respect à sa volonté sainte,

Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai point d'autre crainte.

Cependant je rends grâce au zèle officieux

Qui sur tous mes périls vous fait ouvrir les yeux.

Je vois que l'injustice en secret vous irrite,

Que vous avez encore le coeur israélite,

Le ciel en soit béni ! Mais ce secret courroux,

Cette oisive vertu, vous en contentez-vous ?

La foi qui n'agit point, est-ce une foi sincère ?

Huit ans déjà passés, une impie étrangère

Du sceptre de David usurpe tous les droits,

Se baigne impunément dans le sang de nos rois,

Des enfants de son fils détestable homicide,

Et même contre Dieu lève son bras perfide.

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