|
Jean Racine - Athalie
ATHALIE
, à Josabet.
J'aime à voir comme vous l'instruisez. Enfin, Eliacin, vous avez su me plaire ; Vous n'êtes point sans doute un enfant ordinaire. Vous voyez, je suis reine, et n'ai point d'héritier. Laissez là cet habit, quittez ce vil métier ; Je veux vous faire part de toutes mes richesses ; Essayez dès ce jour l'effet de mes promesses. A ma table, partout, à mes côtés assis, Je prétends vous traiter comme mon propre fils.
JOAS Comme votre fils ?
ATHALIE Oui... Vous vous taisez ?
JOAS Quel père je quitterais ! Et pour...
ATHALIE Hé bien ?
JOAS Pour quelle mère !
ATHALIE
, à Josabet.
Sa mémoire est fidèle, et dans tout ce qu'il dit De vous et de Joad je reconnais l'esprit. Voilà comme, infectant cette simple jeunesse, Vous employez tous deux le calme où je vous laisse. Vous cultivez déjà leur haine et leur fureur ; Vous ne leur prononcez mon nom qu'avec horreur.
JOSABET Peut-on de nos malheurs leur dérober l'histoire ? Tous l'univers les sait ; vous-même en faites gloire.
ATHALIE Oui, ma juste fureur, et j'en fais vanité, A vengé mes parents sur ma postérité. J'aurais vu massacrer et mon père et mon frère, Du haut de son palais précipiter ma mère, Et dans un même jour égorger à la fois
|