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Jean Racine - Athalie
MATHAN On le craint, tout est examiné. A d'illustres parents s'il doit son origine, La spendeur de son sort doit hâter sa ruine. Dans le vulgaire obscur si le sort l'a placé, Qu'importe qu'au hasard un sang vil soit versé ? Est-ce aux rois à garder cette lente justice ? Leur sûreté souvent dépend d'un prompt supplice. N'allons point les gêner d'un soin embarrassant ; Dès qu'on leur est suspect, on n'est plus innocent.
ABNER Hé quoi ! Mathan, d'un prêtre est-ce là le langage ? Moi, nourri dans la guerre aux horreurs du carnage, Des vengeances des rois ministre rigoureux, C'est moi qui prête ici ma voix au malheureux ! Et vous, qui lui devez des entrailles de père, Vous, ministre de paix dans les temps de colère, Couvrant d'un zèle faux votre ressentiment, Le sang à votre gré coule trop lentement ! Vous m'avez commandé de parler sans feinte, Madame : quel est donc ce grand sujet de crainte ? Un songe, un faible enfant que votre oeil prévenu Peut-être sans raison croit avoir reconnu.
ATHALIE Je le veux croire, Abner ; je puis m'être trompée. Peut-être un songe vain m'a trop préoccupée. Hé bien ! il faut revoir cet enfant de plus près ; Il en faut à loisir examiner les traits. Qu'on les fasse tous deux paraître en ma présence.
ABNER Je crains...
ATHALIE Manquerait-on pour moi de complaisance ? De ce refus bizarre où seraient les raisons ? Il pourrait me jeter en d'étranges soupçons. Que Josabet, vous dis-je, ou Joad les amène ; Je puis, quand je voudrai, parler en souveraine. Vos prêtres, je veux bien, Abner, vous l'avouer, Des bontés d'Athalie ont lieu de se louer. Je sais sur ma conduite et contre ma puissance Jusqu'où de leurs discours ils portent la licence. Ils vivent cependant, et leur temple est debout,
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