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Jean Racine - Athalie

Pendant qu'il me parlait, ô surprise ! ô terreur !
J'ai vu ce même enfant dont je suis menacée,

Tel qu'un songe effrayant l'a peint à ma pensée.

Je l'ai vu, son même air, son même habit de lin,

Sa démarche, ses yeux, et tous ses traits enfin ;

C'est lui-même. Il marchait à côté du grand prêtre,

Mais bientôt à ma vue on l'a fait disparaître.

Voilà quel trouble ici m'oblige à m'arrêter,

Et sur quoi j'ai voulu tous deux vous consulter.

Que présage, Mathan, ce prodige incroyable ?

MATHAN
Ce songe et ce rapport, tout me semble effroyable.

ATHALIE
Mais cet enfant fatal, Abner, vous l'avez vu :
Quel est-il ? de quel sang ? et de quelle tribu ?

ABNER
Deux enfants à l'autel prêtaient leur ministère :
L'un est fils de Joad, Josabet est sa mère ;

L'autre m'est inconnu.

MATHAN
Pourquoi délibérer ?
De tous les deux, madame, il se faut assurer.

Vous savez pour Joad mes égards, mes mesures,

Que je ne cherche point à venger mes injures,

Que la seule équité règne en tous mes avis ;

Mais lui-même, après tout, fût-ce son propre fils,

Voudrait-il un moment laisser vivre un coupable ?

ABNER
De quel crime un enfant peut-il être capable ?

MATHAN
Le ciel nous le fait voir un poignard à la main :
Le ciel est juste et sage et ne fait rien en vain.

Que cherchez-vous de plus ?

ABNER
Mais, sur la foi d'un songe,
Dans le sang d'un enfant voulez-vous qu'on se plonge ?

Vous ne savez encor de quel père il est né,

Quel il est.

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