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Jean Racine - Andromaque

Un espoir si charmant me serait-il permis ?

ANDROMAQUE

Je passais jusqu'aux lieux où l'on garde mon fils.
Puisqu'une fois le jour vous souffrez que je voie

Le seul bien qui me reste et d'Hector et de Troie,

J'allais, Seigneur, pleurer un moment avec lui :

Je ne l'ai point encore embrassé d'aujourd'hui.

PYRRHUS

Ah ! Madame, les Grecs, si j'en crois leurs alarmes,
Vous donneront bientôt d'autres sujets de larmes.

ANDROMAQUE

Et quelle est cette peur dont le coeur est frappé,
Seigneur ? Quelque Troyen vous est-il échappé ?

PYRRHUS

Leur haine pour Hector n'est pas encore éteinte :
Ils redoutent son fils.

ANDROMAQUE

Digne objet de leur crainte !
Un enfant malheureux, qui ne sait pas encor

Que Pyrrhus est son maître, et qu'il est fils d'Hector.

PYRRHUS

Tel qu'il est, tous les Grecs demandent qu'il périsse.
Le fils d'Agamemnon vient hâter son supplice.

ANDROMAQUE

Et vous prononcerez un arrêt si cruel ?
Est-ce mon intérêt qui le rend criminel ?

Hélas ! On ne craint point qu'il venge un jour son père ;

On craint qu'il n'essuyât les larmes de sa mère.

Il m'aurait tenu lieu d'un père et d'un époux ;

Mais il me faut tout perdre, et toujours par vos coups.

PYRRHUS
Madame, mes refus ont prévenu vos larmes.
Tous les Grecs m'ont déjà menacé de leurs armes ;

Mais, dussent-ils encore, en repassant les eaux,

Demander votre fils avec mille vaisseaux,

Coûtât-il tout le sang qu'Hélène a fait répandre,

Dussé-je après dix ans voir mon palais en cendre,

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