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Jean Racine - Andromaque
Maîtresse de l'Asie ; et je regarde enfin Quel fut le sort de Troie et quel est son destin. Je ne vois que des tours que la cendre a couvertes, Un fleuve teint de sang, des campagnes désertes, Un enfant dans les fers ; et je ne puis songer Que Troie en cet état aspire à se venger. Ah ! Si du fils d'Hector la perte était jurée, Pourquoi d'un an entier l'avons-nous différée ? Dans le sein de Priam n'a-t-on pu l'immoler ? Sous tant de morts, sous Troie il fallait l'accabler. Tout était juste alors : la vieillesse et l'enfance En vain sur leur faiblesse appuyaient leur défense La victoire et la nuit, plus cruelles que nous, Nous excitaient au meurtre et confondaient nos coups. Mon courroux aux vaincus ne fut que trop sévère. Mais que ma cruauté survive à ma colère ? Que, malgré la pitié dont je me sens saisir, Dans le sang d'un enfant je me baigne à loisir ? Non, Seigneur. Que les Grecs cherchent quelque autre proie ; Qu'ils poursuivent ailleurs ce qui reste de Troie. De mes inimitiés le cours est achevé ; L'Épire sauvera ce que Troie a sauvé.
ORESTE
Seigneur, vous savez trop avec quel artifice Un faux Astyanax fut offert au supplice Où le seul fils d'Hector devait être conduit ; Ce n'est pas les Troyens, c'est Hector qu'on poursuit. Oui, les Grecs sur le fils persécutent le père ; Il a par trop de sang acheté leur colère. Ce n'est que dans le sien qu'elle peut expirer ; Et jusque dans l'Épire il les peut attirer. Prévenez-les.
PYRRHUS
Non, non. J'y consens avec joie : Qu'ils cherchent dans l'Épire une seconde Troie ; Qu'ils confondent leur haine et ne distinguent plus Le sang qui les fit vaincre et celui des vaincus. Aussi bien ce n'est pas la première injustice Dont la Grèce d'Achille a payé le service. Hector en profita, Seigneur ; et quelque jour Son fils en pourrait bien profiter à son tour.
ORESTE
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