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Jean Racine - Andromaque

Mener en conquérant sa nouvelle conquête ;
Et, d'un oeil où brillaient sa joie et son espoir,

S'enivrer en marchant du plaisir de la voir.

Andromaque, au travers de mille cris de joie,

Porte jusqu'aux autels le souvenir de Troie :

Incapable toujours d'aimer et de haïr,

Sans joie et sans murmure elle semble obéir.

HERMIONE

Et l'ingrat ? Jusqu'au bout il a poussé l'outrage ?
Mais as-tu bien, Cléone, observé son visage ?

Goûte-t-il des plaisirs tranquilles et parfaits ?

N'a-t-il point détourné ses yeux vers le palais ?

Dis-moi, ne t'es-tu point présentée à sa vue ?

L'ingrat a-t-il rougi lorsqu'il t'a reconnue ?

Son trouble avouait-il son infidélité

A-t-il jusqu'à la fin soutenu sa fierté ?

CLÉONE

Madame, il ne voit rien : son salut et sa gloire
Semblent être avec vous sortis de sa mémoire.

Sans songer qui le suit, ennemis ou sujets,

Il poursuit seulement ses amoureux projets.

Autour du fils d'Hector il a rangé sa garde,

Et croit que c'est lui seul que le péril regarde.

Phoenix même en répond, qui l'a conduit exprès

Dans un fort éloigné du temple et du palais.

Voilà ,dans ses transports,le seul soin qui lui reste.

HERMIONE

Le perfide ! Il mourra. Mais que t'a dit Oreste ?

CLÉONE

Oreste avec ses Grecs dans le temple est entré.

HERMIONE

Hé bien ! A me venger n'est-il pas préparé ?

CLÉONE

Je ne sais.

HERMIONE

Tu ne sais ? Quoi donc ? Oreste encore,
Oreste me trahit ?

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