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Jean Racine - Andromaque
Où vous n'osez aller mériter ma conquête. La, de mon ennemi je saurai m'approcher : Je percerai le coeur que je n'ai pu toucher ; Et mes sanglantes mains, sur moi-même tournées, Aussitôt, malgré lui, joindront nos destinées ; Et, tout ingrat qu'il est, il me sera plus doux De mourir avec lui que de vivre avec vous.
ORESTE
Non, je vous priverai de ce plaisir funeste, Madame : il ne mourra que de la main d'Oreste. Vos ennemis par moi vont vous être immolés, Et vous reconnaîtrez mes soins, si vous voulez.
HERMIONE
Allez. De votre sort laissez-moi la conduite, Et que tous vos vaisseaux soient prêts pour notre fuite.
SCENE IV - HERMIONE, CLÉONE. CLÉONE
Vous vous perdez, Madame ; et vous devez songer...
HERMIONE
Que je me perde ou non, je songe à me venger. Je ne sais même encor, quoi qu'il m'ait pu promettre, Sur d'autres que sur moi si je dois m'en remettre. Pyrrhus n'est pas coupable à ses yeux comme aux miens, Et je tiendrais mes coups bien plus sûrs que les siens. Quel plaisir de venger moi-même mon injure, De retirer mon bras teint du sang du parjure, Et, pour rendre sa peine et mes plaisirs plus grands, De cacher ma rivale à ses regards mourants ! Ah ! Si du moins Oreste, en punissant son crime, Lui laissait le regret de mourir ma victime ! Va le trouver : dis-lui qu'il apprenne à l'ingrat Qu'on l'immole à ma haine, et non pas à l'État. Chère Cléone, cours. Ma vengeance est perdue S'il ignore en mourant que c'est moi qui le tue.
CLÉONE
Je vous obéirai. Mais qu'est-ce que je voi ? O Dieux ! Qui l'aurait cru, Madame ? C'est le Roi !
HERMIONE
Ah ! Cours après Oreste ; et dis-lui, ma Cléone,
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