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Jean Racine - Andromaque
Je triomphe ; et pourtant je me flatte d'abord Que la seule vengeance excite ce transport. Mais l'ingrate en mon coeur reprit bientôt sa place. De mes feux mal éteints je reconnus la trace, Je sentis que ma haine allait finir son cours, Ou plutôt je sentis que je l'aimais toujours. Ainsi de tous les Grecs je brigue le suffrage. On m'envoie à Pyrrhus, j'entreprends ce voyage. Je viens voir si l'on peut arracher de ses bras Cet enfant dont la vie alarme tant d'États. Heureux si je pouvais, dans l'ardeur qui me presse, Au lieu d'Astyanax lui ravir ma princesse ! Car enfin n'attends pas que mes feux redoublés Des périls les plus grands puissent être troublés. Puisqu'après tant d'efforts ma résistance est vaine, Je me livre en aveugle au destin qui m'entraîne. J'aime ; je viens chercher Hermione en ces lieux, La fléchir, l'enlever, ou mourir à ses yeux. Toi qui connais Pyrrhus, que penses-tu qu'il fasse ? Dans sa cour, dans son coeur, dis-moi ce qui se passe. Mon Hermione encor le tient-elle asservi ? Me rendra-t-il, Pylade, un bien qu'il m'a ravi ?
PYLADE
Je vous abuserais, si j'osais vous promettre Qu'entre vos mains, Seigneur, il voulût la remettre : Non que de sa conquête il paraisse flatté ; Pour la veuve d'Hector ses feux ont éclaté ; Il l'aime. Mais enfin cette veuve inhumaine N'a payé jusqu'ici son amour que de haine ; Et chaque jour encor on lui voit tout tenter Pour fléchir sa captive, ou pour l'épouvanter. De son fils, qu'il lui cache, il menace la tête, Et fait couler des pleurs, qu'aussitôt il arrête. Hermione elle-même a vu plus de cent fois Cet amant irrité revenir sous ses lois, Et, de ses voeux troublés lui rapportant l'hommage, Soupirer à ses pieds moins d'amour que de rage. Ainsi n'attendez pas que l'on puisse aujourd'hui Vous répondre d'un coeur si peu maître de lui : Il peut, Seigneur, il peut, dans ce désordre extrême, Épouser ce qu'il hait et punir ce qu'il aime.
ORESTE
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