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Jean Racine - Andromaque
Pyrrhus.
ORESTE
Pyrrhus, Madame ?
HERMIONE
Hé quoi ! Votre haine chancelle ? Ah ! Courez, et craignez que je ne vous rappelle. N'alléguez point des droits que je veux oublier ; Et ce n'est pas à vous à le justifier.
ORESTE
Moi, je l'excuserais ? Ah ! Vos bontés, Madame, Ont gravé trop avant ses crimes dans mon âme. Vengeons-nous, j'y consens, mais par d'autres chemins. Soyons ses ennemis, et non ses assassins. Faisons de sa ruine une juste conquête. Quoi ! Pour réponse, aux Grecs porterai-je sa tête Et n'ai-je pris sur moi le soin de tout l'État Que pour m'en acquitter par un assassinat ? Souffrez, au nom des Dieux, que la Grèce s'explique, Et qu'il meure chargé de la haine publique. Souvenez-vous qu'il règne, et qu'un front couronné...
HERMIONE
Ne vous suffit-il pas que je l'ai condamné ? Ne vous suffit-il pas que ma gloire offensée Demande une victime à moi seule adressée ; Qu'Hermione est le prix d'un tyran opprimé ; Que je le hais ; enfin, Seigneur, que je l'aimai ? Je ne m'en cache point : l'ingrat m'avait su plaire, Soit qu'ainsi l'ordonnât mon amour ou mon père, N'importe ; mais enfin réglez-vous là-dessus. Malgré mes voeux, Seigneur, honteusement déçus, Malgré la juste horreur que son crime me donne, Tant qu'il vivra, craignez que je ne lui pardonne. Doutez jusqu'à sa mort d'un courroux incertain : S'il ne meurt aujourd'hui, je puis l'aimer demain.
ORESTE
Hé bien ! Il faut le perdre, et prévenir sa grâce ; Il faut... Mais cependant que faut-il que je fasse ? Comment puis-je sitôt servir votre courroux ? Quel chemin jusqu'à lui peut conduire mes coups ? A peine suis-je encore arrivé dans l'Épire,
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