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Jean Racine - Andromaque

Plutôt ce qu'ils ont fait que ce qu'ils ont été ;
Parle-lui tous les jours des vertus de son père,

Et quelquefois aussi parle-lui de sa mère.

Mais qu'il ne songe plus, Céphise, à nous venger :

Nous lui laissons un maître, il le doit ménager.

Qu'il ait de ses aïeux un souvenir modeste :

Il est du sang d'Hector, mais il en est le reste ;

Et pour ce reste enfin j'ai moi-même, en un jour,

Sacrifié mon sang, ma haine et mon amour.

CÉPHISE

Hélas !

ANDROMAQUE

Ne me suis point, si ton coeur en alarmes
Prévoit qu'il ne pourra commander à tes larmes.

On vient. Cache tes pleurs, Céphise, et souviens-toi

Que le sort d'Andromaque est commis à ta foi.

C'est Hermione. Allons, fuyons sa violence.

SCENE II - HERMIONE, CLÉONE.


CLÉONE

Non, je ne puis assez admirer ce silence.
Vous vous taisez, Madame, et ce cruel mépris

N'a pas du moindre trouble agité vos esprits

Vous soutenez en paix une si rude attaque,

Vous qu'on voyait frémir au seul nom d'Andromaque ?

Vous qui sans désespoir ne pouviez endurer

Que Pyrrhus d'un regard la voulût honorer ?

Il l'épouse ; il lui donne, avec son diadème,

La foi que vous venez de recevoir vous-même,

Et votre bouche encor, muette à tant d'ennui,

N'a pas daigné s'ouvrir pour se plaindre de lui ?

Ah ! Que je crains, Madame, un calme si funeste !

Et qu'il vaudrait bien mieux...

HERMIONE

Fais-tu venir Oreste ?

CLÉONE

Il vient, Madame, il vient ; et vous pouvez juger
Que bientôt à vos pieds il allait se ranger.

Prêt à servir toujours sans espoir de salaire,

Vos yeux ne sont que trop assurés de lui plaire.

Mais il entre.

SCENE III - ORESTE, HERMIONE, CLÉONE.

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