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Jean Racine - Andromaque
Ta foi, dans mon malheur, s'est montrée à mes yeux ; Mais j'ai cru qu'à mon tour tu me connaissais mieux. Quoi donc ? as-tu pensé qu'Andromaque infidèle Pût trahir un époux qui croit revivre en elle ; Et que, de tant de morts réveillant la douleur Le soin de mon repos me fît troubler le leur ? Est-ce là cette ardeur tant promise à sa cendre ? Mais son fils périssait : il l'a fallu défendre. Pyrrhus en m'épousant s'en déclare l'appui ; Il suffit : je veux bien m'en reposer sur lui. Je sais quel est Pyrrhus. Violent, mais sincère, Céphise, il fera plus qu'il n'a promis de faire. Sur le courroux des Grecs je m'en repose encor : Leur haine va donner un père au fils d'Hector. Je vais donc, puisqu'il faut que je me sacrifie, Assurer à Pyrrhus le reste de ma vie ; Je vais, en recevant sa foi sur les autels, L'engager à mon fils par des noeuds immortels. Mais aussitôt ma main, à moi seule funeste, D'une infidèle vie abrégera le reste, Et, sauvant ma vertu, rendra ce que je dois A Pyrrhus, à mon fils, à mon époux, à moi. Voilà de mon amour l'innocent stratagème ; Voilà ce qu'un époux m'a commandé lui-même. J'irai seule rejoindre Hector et mes aïeux. Céphise, c'est à toi de me fermer les yeux.
CÉPHISE
Ah ! Ne prétendez pas que je puisse survivre...
ANDROMAQUE
Non, non, je te défends, Céphise, de me suivre. Je confie à tes soins mon unique trésor : Si tu vivais pour moi, vis pour le fils d'Hector. De l'espoir des Troyens seule dépositaire, Songe à combien de rois tu deviens nécessaire. Veille auprès de Pyrrhus ; fais-lui garder sa foi : S'il le faut, je consens qu'on lui parle de moi. Fais-lui valoir l'hymen où je me suis rangée ; Dis-lui qu'avant ma mort je lui fus engagée, Que ses ressentiments doivent être effacés, Qu'en lui laissant mon fils, c'est l'estimer assez. Fais connaître à mon fils les héros de sa race ; Autant que tu pourras, conduis-le sur leur trace. Dis-lui par quels exploits leurs noms ont éclaté,
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