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Jean Racine - Andromaque
Hélas ! Je m'en souviens, le jour que son courage Lui fit chercher Achille, ou plutôt le trépas, Il demanda son fils et le prit dans ses bras : «Chère épouse, dit-il en essuyant mes larmes, J'ignore quel succès le sort garde à mes armes ; Je te laisse mon fils pour gage de ma foi : S'il me perd, je prétends qu'il me retrouve en toi. Si d'un heureux hymen la mémoire t'est chère, Montre au fils à quel point tu chérissais le père.» Et je puis voir répandre un sang si précieux ? Et je laisse avec lui périr tous ses aïeux ? Roi barbare, faut-il que mon crime l'entraîne ? Si je te hais, est-il coupable de ma haine ? T'a-t-il de tous les siens reproché le trépas ? S'est-il plaint à tes yeux des maux qu'il ne sent pas ? Mais cependant, mon fils, tu meurs si je n'arrête Le fer que le cruel tient levé sur ta tête. Je l'en puis détourner, et je t'y vais offrir ? Non, tu ne mourras point : je ne le puis souffrir. Allons trouver Pyrrhus. Mais non, chère Céphise, Va le trouver pour moi.
CÉPHISE
Que faut-il que je dise ?
ANDROMAQUE
Dis-lui que de mon fils l'amour est assez fort... Crois-tu que dans son coeur il ait juré sa mort ? L'amour peut-il si loin pousser sa barbarie ?
CÉPHISE
Madame, il va bientôt revenir en furie.
ANDROMAQUE
Hé bien ! Va l'assurer...
CÉPHISE
De quoi ? de votre foi ?
ANDROMAQUE
Hélas ! Pour la promettre est-elle encore à moi ? O cendres d'un époux ! O Troyens ! O mon père ! O mon fils, que tes jours coûtent cher à ta mère ! Allons.
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