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Jean Racine - Andromaque
Lui-même il porterait votre âme à la douceur.
ANDROMAQUE
Quoi ! Je lui donnerais Pyrrhus pour successeur ?
CÉPHISE
Ainsi le veut son fils, que les Grecs vous ravissent. Pensez-vous qu'après tout ses mânes en rougissent ? Qu'il méprisât, Madame, un roi victorieux Qui vous fait remonter au rang de vos aïeux, Qui foule aux pieds pour vous vos vainqueurs en colère, Qui ne se souvient plus qu'Achille était son père, Qui dément ses exploits et les rends superflus ?
ANDROMAQUE
Dois-je les oublier, s'il ne s'en souvient plus ? Dois-je oublier Hector privé de funérailles, Et traîné sans honneur autour de nos murailles ? Dois-je oublier son père à mes pieds renversé, Ensanglantant l'autel qu'il tenait embrassé ? Songe, songe, Céphise, à cette nuit cruelle Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle. Figure-toi Pyrrhus, les yeux étincelants, Entrant à la lueur de nos palais brûlants, Sur tous mes frères morts se faisant un passage, Et de sang tout couvert échauffant le carnage. Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mourants, Dans la flamme étouffés, sous le fer expirants. Peins-toi dans ces horreurs Andromaque éperdue : Voilà comme Pyrrhus vint s'offrir à ma vue ; Voilà par quels exploits il sut se couronner ; Enfin voilà l'époux que tu me veux donner. Non, je ne serai point complice de ses crimes ; Qu'il nous prenne, s'il veut, pour dernières victimes. Tous mes ressentiments lui seraient asservis.
CÉPHISE
Hé bien ! Allons donc voir expirer votre fils : On n'attend plus que vous... Vous frémissez, Madame ?
ANDROMAQUE
Ah ! De quel souvenir viens-tu frapper mon âme ! Quoi ! Céphise, j'irai voir expirer encor Ce fils, ma seule joie et l'image d'Hector ? Ce fils, que de sa flamme il me laissa pour gage ?
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