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Jean Racine - Andromaque
HERMIONE
Tu crois que Pyrrhus craint ? Et que craint-il encor ? Des peuples qui, dix ans, ont fui devant Hector ; Qui cent fois, effrayés de l'absence d'Achille, Dans leurs vaisseaux brûlants ont cherché leur asile, Et qu'on verrait encor, sans l'appui de son fils, Redemander Hélène aux Troyens impunis ? Non, Cléone, il n'est point ennemi de lui-même : Il veut tout ce qu'il fait ; et, s'il m'épouse, il m'aime. Mais qu'Oreste à son gré m'impute ses douleurs : N'avons-nous d'entretien que celui de ses pleurs ? Pyrrhus revient à nous. Hé bien ! Chère Cléone, Conçois-tu les transports de l'heureuse Hermione ? Sais-tu quel est Pyrrhus ? T'es-tu fait raconter Le nombre des exploits... Mais qui les peut compter ? Intrépide, et partout suivi de la victoire, Charmant, fidèle enfin, rien ne manque à sa gloire. Songe...
CLÉONE
Dissimulez. Votre rivale en pleurs Vient à vos pieds, sans doute apporter ses douleurs.
HERMIONE
Dieux ! Ne puis-je à ma joie abandonner mon âme ? Sortons : que lui dirais-je ?
SCENE IV - ANDROMAQUE, HERMIONE, CLÉONE, CÉPHISE. ANDROMAQUE
Où fuyez-vous, Madame ? N'est-ce point à vos yeux un spectacle assez doux Que la veuve d'Hector pleurante à vos genoux ? Je ne viens point ici, par de jalouses larmes, Vous envier un coeur qui se rend à vos charmes. Par une main cruelle, hélas ! J'ai vu percer Le seul où mes regards prétendaient s'adresser. Ma flamme par Hector fut jadis allumée ; Avec lui dans la tombe elle s'est enfermée. Mais il me reste un fils. Vous saurez quelque jour, Madame, pour un fils jusqu'où va notre amour ; Mais vous ne saurez pas, du moins je le souhaite, En quel trouble mortel son intérêt nous jette, Lorsque de tant de biens qui pouvaient nous flatter, C'est le seul qui nous reste, et qu'on veut nous l'ôter. Hélas ! Lorsque, lassés de dix ans de misère,
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