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Jean Racine - Andromaque
Je ne sais de tout temps quelle injuste puissance Laisse le crime en paix et poursuit l'innocence. De quelque part sur moi que je tourne les yeux, Je ne vois que malheurs qui condamnent les Dieux. Méritons leur courroux, justifions leur haine, Et que le fruit du crime en précède la peine. Mais toi, par quelle erreur veux-tu toujours sur toi Détourner un courroux qui ne cherche que moi ? Assez et trop longtemps mon amitié t'accable : Évite un malheureux, abandonne un coupable. Cher Pylade, crois-moi, ta pitié te séduit ; Laisse-moi des périls dont j'attends tout le fruit. Porte aux Grecs cet enfant que Pyrrhus m'abandonne. Va-t'en.
PYLADE
Allons, Seigneur, enlevons Hermione. Au travers des périls un grand coeur se fait jour. Que ne peut l'amitié conduite par l'amour ? Allons de tous vos Grecs encourager le zèle : Nos vaisseaux sont tout prêts, et le vent nous appelle. Je sais de ce palais tous les détours obscurs ; Vous voyez que la mer en vient battre les murs ; Et cette nuit, sans peine, une secrète voie Jusqu'en votre vaisseau conduira votre proie.
ORESTE
J'abuse, cher ami, de ton trop d'amitié. Mais pardonne à des maux dont toi seul as pitié ; Excuse un malheureux qui perd tout ce qu'il aime, Que tout le monde hait, et qui se hait lui-même. Que ne puis-je à mon tour dans un sort plus heureux... PYLADE
Dissimulez, Seigneur, c'est tout ce que je veux.
Gardez qu'avant le coup votre dessein n'éclate : Oubliez jusque-là qu'Hermione est ingrate ; Oubliez votre amour. Elle vient, je la voi. ORESTE
Va-t'en. Réponds-moi d'elle, et je réponds de moi.
SCENE II - HERMIONE, ORESTE, CLÉONE. ORESTE
Hé bien ! Mes soins vous ont rendu votre conquête. J'ai vu Pyrrhus, Madame, et votre hymen s'apprête.
HERMIONE
On le dit ; et de plus on vient de m'assurer
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