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Jean Racine - Andromaque
Moi, l'aimer ? Une ingrate Qui me hait d'autant plus que mon amour la flatte ? Sans parents, sans amis, sans espoir que sur moi, Je puis perdre son fils ; peut-être je le dois. Étrangère... que dis-je ? esclave dans l'Épire, Je lui donne son fils, mon âme, mon empire ; Et je ne puis gagner dans son perfide coeur D'autre rang que celui de son persécuteur ? Non, non, je l'ai juré, ma vengeance est certaine : Il faut bien une fois justifier sa haine. J'abandonne son fils. Que de pleurs vont couler ! De quel nom sa douleur me va-t-elle appeler ! Quel spectacle pour elle aujourd'hui se dispose ! Elle en mourra, Phoenix, et j'en serai la cause. C'est lui mettre moi-même un poignard dans le sein.
PHOENIX
Et pourquoi donc en faire éclater le dessein ? Que ne consultiez-vous tantôt votre faiblesse ?
PYRRHUS
Je t'entends. Mais excuse un reste de tendresse. Crains-tu pour ma colère un si faible combat ? D'un amour qui s'éteint c'est le dernier éclat. Allons. A tes conseils, Phoenix, je m'abandonne. Faut-il livrer son fils ? faut-il voir Hermione ?
PHOENIX
Oui, voyez-la, Seigneur, et par des voeux soumis Protestez-lui...
PYRRHUS
Faisons tout ce que j'ai promis.
ACTE III -
SCENE PREMIERE - ORESTE, PYLADE. PYLADE
Modérez donc, Seigneur, cette fureur extrême. Je ne vous connais plus : vous n'êtes plus vous-même. Souffrez...
ORESTE
Non, tes conseils ne sont plus de saison, Pylade, je suis las d'écouter la raison.
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