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Jean Racine - Andromaque

PHOENIX

Ah ! Je vous reconnais ; et ce juste courroux,
Ainsi qu'à tous les Grecs, Seigneur, vous rend à vous.

Ce n'est plus le jouet d'une flamme servile :

C'est Pyrrhus, c'est le fils et le rival d'Achille

Que la gloire à la fin ramène sous ses lois,

Qui triomphe de Troie une seconde fois.

PYRRHUS

Dis plutôt qu'aujourd'hui commence ma victoire.
D'aujourd'hui seulement je jouis de ma gloire ;

Et mon coeur, aussi fier que tu l'as vu soumis,

Croit avoir en l'amour vaincu mille ennemis.

Considère, Phoenix, les troubles que j'évite,

Quelle foule de maux l'amour traîne à sa suite,

Que d'amis, de devoirs, j'allais sacrifier,

Quels périls... Un regard m'eût tout fait oublier.

Tous les Grecs conjurés fondaient sur un rebelle.

Je trouvais du plaisir à me perdre pour elle.

PHOENIX

Oui, je bénis, Seigneur, l'heureuse cruauté
Qui vous rend...

PYRRHUS

Tu l'as vu comme elle m'a traité.
Je pensais, en voyant sa tendresse alarmée,

Que son fils me la dût renvoyer désarmée.

J'allais voir le succès de ses embrassements :

Je n'ai trouvé que pleurs mêlés d'emportements.

Sa misère l'aigrit ; et, toujours plus farouche,

Cent fois le nom d'Hector est sorti de sa bouche.

Vainement à son fils j'assurais mon secours :

«C'est Hector, disait-elle en l'embrassant toujours ;

Voilà ses yeux, sa bouche, et déjà son audace ;

C'est lui-même, c'est toi, cher époux, que j'embrasse.»

Et quelle est sa pensée ? Attend-elle en ce jour

Que je lui laisse un fils pour nourrir son amour ?

PHOENIX

Sans doute, c'est le prix que vous gardait l'ingrate.
Mais laissez-la, Seigneur.

PYRRHUS

Je vois ce qui la flatte.

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