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Jean Racine - Andromaque
ORESTE
Madame, faites plus, et venez-y vous-même. Voulez-vous demeurer pour otage en ces lieux ? Venez dans tous les coeurs faire parler vos yeux. Faisons de notre haine une commune attaque.
HERMIONE
Mais, Seigneur, cependant, s'il épouse Andromaque ?
ORESTE
Hé ! Madame.
HERMIONE
Songez quelle honte pour nous Si d'une Phrygienne il devenait l'époux !
ORESTE
Et vous le haïssez ? Avouez-le, Madame, L'amour n'est pas un feu qu'on renferme en une âme : Tout nous trahit, la voix, le silence, les yeux ; Et les feux mal couverts n'en éclatent que mieux.
HERMIONE
Seigneur, je le vois bien, votre âme prévenue Répand sur mes discours le venin qui la tue, Toujours dans mes raisons cherche quelque détour, Et croit qu'en moi la haine est un effort d'amour. Il faut donc m'expliquer : vous agirez ensuite. Vous savez qu'en ces lieux mon devoir m'a conduite ; Mon devoir m'y retient, et je n'en puis partir Que mon père ou Pyrrhus ne m'en fasse sortir. De la part de mon père allez lui faire entendre Que l'ennemi des Grecs ne peut être son gendre : Du Troyen ou de moi faites-le décider ; Qu'il songe qui des deux il veut rendre ou garder ; Enfin qu'il me renvoie, ou bien qu'il vous le livre. Adieu. S'il y consent, je suis prête à vous suivre.
SCENE III - ORESTE, seul. ORESTE
Oui, oui, vous me suivrez, n'en doutez nullement : Je vous réponds déjà de son consentement. Je ne crains pas enfin que Pyrrhus la retienne : Il n'a devant les yeux que sa chère Troyenne
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