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Jean Racine - Andromaque
Oui, c'est vous dont l'amour, naissant avec leurs charmes, Leur apprit le premier le pouvoir de leurs armes ; Vous que mille vertus me forçaient d'estimer ; Vous que j'ai plaint, enfin que je voudrais aimer.
ORESTE Je vous entends. Tel est mon partage funeste : Le coeur est pour Pyrrhus, et les voeux pour Oreste.
HERMIONE
Ah ! Ne souhaitez pas le destin de Pyrrhus ; Je vous haïrais trop.
ORESTE Vous m'en aimeriez plus. Ah ! Que vous me verriez d'un regard bien contraire ! Vous me voulez aimer, et je ne puis vous plaire ; Et, l'amour seul alors se faisant obéir, Vous m'aimeriez, Madame, en me voulant haïr : O Dieux ! Tant de respects, une amitié si tendre... Que de raisons pour moi, si vous pouviez m'entendre ! Vous seule pour Pyrrhus disputez aujourd'hui, Peut-être malgré vous, sans doute malgré lui. Car enfin il vous hait ; son âme ailleurs éprise N'a plus...
HERMIONE
Qui vous l'a dit, Seigneur, qu'il me méprise ? Ses regards, ses discours vous l'ont-ils donc appris ? Jugez-vous que ma vue inspire des mépris, Qu'elle allume en un coeur des feux si peu durables ? Peut-être d'autres yeux me sont plus favorables. ORESTE
.Poursuivez : il est beau de m'insulter ainsi.
Cruelle, c'est donc moi qui vous méprise ici ? Vos yeux n'ont pas assez éprouvé ma constance ? Je suis donc un témoin de leur peu de puissance ? Je les ai méprisés ? Ah ! Qu'ils voudraient bien voir Mon rival, comme moi, mépriser leur pouvoir !
HERMIONE
Que m'importe, Seigneur, sa haine ou sa tendresse ? Allez contre un rebelle armer toute la Grèce ; Rapportez-lui le prix de sa rébellion ; Qu'on fasse de l'Épire un second Ilion. Allez. Après cela direz-vous que je l'aime ?
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