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Jean Racine - Andromaque
Les exploits de son père effacés par les siens, Ses feux que je croyais plus ardents que les miens, Mon coeur, toi-même enfin de sa gloire éblouie, Avant qu'il me trahît, vous m'avez tous trahie. Mais c'en est trop, Cléone, et quel que soit Pyrrhus, Hermione est sensible, Oreste a des vertus. Il sait aimer du moins, et même sans qu'on l'aime ; Et peut-être il saura se faire aimer lui-même. Allons : qu'il vienne enfin.
CLÉONE
Madame, le voici.
HERMIONE
Ah ! Je ne croyais pas qu'il fût si près d'ici.
SCENE II - HERMIONE, ORESTE, CLÉONE. HERMIONE
Le croirai-je, Seigneur, qu'un reste de tendresse Vous fasse ici chercher une triste princesse ? Ou ne dois-je imputer qu'à votre seul devoir L'heureux empressement qui vous porte à me voir ?
ORESTE
Tel est de mon amour l'aveuglement funeste. Vous le savez, Madame, et le destin d'Oreste Est de venir sans cesse adorer vos attraits, Et de jurer toujours qu'il n'y viendra jamais. Je sais que vos regards vont rouvrir mes blessures, Que tous mes pas vers vous sont autant de parjures ; Je le sais, j'en rougis. Mais j'atteste les Dieux, Témoins de la fureur de mes derniers adieux, Que j'ai couru partout où ma perte certaine Dégageait mes serments et finissait ma peine. J'ai mendié la mort chez des peuples cruels Qui n'apaisaient leurs Dieux que du sang des mortels : Ils m'ont fermé leur temple ; et ces peuples barbares De mon sang prodigué sont devenus avares. Enfin je viens à vous, et je me vois réduit A chercher dans vos yeux une mort qui me fuit. Mon désespoir n'attend que leur indifférence : Ils n'ont qu'à m'interdire un reste d'espérance ; Ils n'ont, pour avancer cette mort où je cours, Qu'à me dire une fois ce qu'ils m'ont dit toujours. Voilà, depuis un an, le seul soin qui m'anime. Madame, c'est à vous de prendre une victime
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