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Jean Racine - Andromaque
HERMIONE
Pourquoi veux-tu, cruelle, irriter mes ennuis ? Je crains de me connaître en l'état où je suis. De tout ce que tu vois tâche de ne rien croire ; Crois que je n'aime plus, vante-moi ma victoire ; Crois que dans son dépit mon coeur est endurci, Hélas ! Et, s'il se peut, fais-le moi croire aussi. Tu veux que je le fuie ? Hé bien ! Rien ne m'arrête : Allons. N'envions plus son indigne conquête ; Que sur lui sa captive étende son pouvoir. Fuyons... Mais si l'ingrat rentrait dans son devoir ! Si la foi dans son coeur retrouvait quelque place ! S'il venait à mes pieds me demander sa grâce ! Si sous mes lois, Amour, tu pouvais l'engager ! S'il voulait... Mais l'ingrat ne veut que m'outrager. Demeurons toutefois pour troubler leur fortune ; Prenons quelque plaisir à leur être importune ; Ou, le forçant de rompre un noeud si solennel, Aux yeux de tous les Grecs rendons-le criminel. J'ai déjà sur le fils attiré leur colère ; Je veux qu'on vienne encor lui demander la mère. Rendons-lui les tourments qu'elle me fait souffrir ; Qu'elle le perde, ou bien qu'il la fasse périr.
CLÉONE
Vous pensez que des yeux toujours ouverts aux larmes Se plaisent à troubler le pouvoir de vos charmes, Et qu'un coeur accablé de tant de déplaisirs De son persécuteur ait brigué les soupirs ? Voyez si sa douleur en paraît soulagée. Pourquoi donc les chagrins où son âme est plongée ? Contre un amant qui plaît pourquoi tant de fierté ?
HERMIONE
Hélas ! Pour mon malheur, je l'ai trop écouté. Je n'ai point du silence affecté le mystère : Je croyais sans péril pouvoir être sincère, Et, sans armer mes yeux d'un moment de rigueur, Je n'ai pour lui parler consulté que mon coeur. Et qui ne se serait comme moi déclarée Sur la foi d'une amour si saintement jurée ? Me voyait-il de l'oeil qu'il me voit aujourd'hui ? Tu t'en souviens encor, tout conspirait pour lui. Ma famille vengée, et les Grecs dans la joie, Nos vaisseaux tout chargés des dépouilles de Troie,
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