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Jean Racine - Andromaque

Elle me dédaignait ; un autre l'abandonne.
L'ingrate, qui mettait son coeur à si haut prix,

Apprend donc à son tour à souffrir des mépris !

Ah ! Dieux !

CLÉONE

Ah ! Dissipez ces indignes alarmes :
Il a trop bien senti le pouvoir de vos charmes.

Vous croyez qu'un amant vienne vous insulter ?

Il vous rapporte un coeur qu'il n'a pu vous ôter.

Mais vous ne dites point ce que vous mande un père.

HERMIONE

Dans ses retardements si Pyrrhus persévère,
A la mort du Troyen s'il ne veut consentir,

Mon père avec les Grecs m'ordonne de partir.

CLÉONE

Hé bien ! Madame, hé bien ! Écoutez donc Oreste.
Pyrrhus a commencé, faites au moins le reste.

Pour bien faire, il faudrait que vous le prévinssiez.

Ne m'avez-vous pas dit que vous le haïssiez ?

HERMIONE

Si je le hais, Cléone ! Il y va de ma gloire,
Après tant de bontés dont il perd la mémoire.

Lui qui me fut si cher, et qui m'a pu trahir,

Ah ! Je l'ai trop aimé pour ne le point haïr.

CLÉONE

Fuyez-le donc, Madame ; et puisqu'on vous adore...

HERMIONE

Ah ! Laisse à ma fureur le temps de croître encore ;
Contre mon ennemi laisse-moi m'assurer ;

Cléone, avec horreur je m'en veux séparer.

Il n'y travaillera que trop bien, l'infidèle !

CLÉONE
Quoi ! Vous en attendez quelque injure nouvelle ?
Aimer une captive, et l'aimer à vos yeux,

Tout cela n'a donc pu vous le rendre odieux ?

Après ce qu'il a fait, que saurait-il donc faire ?

Il vous aurait déplu, s'il pouvait vous déplaire.

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