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Jacques Cazotte - Le Diable amoureux

On a cherché à concilier les idées des critiques dans cette nouvelle édition. Alvare y est dupe jusqu'à un
certain point, mais sans être victime ; son adversaire, pour le tromper, est réduit à se montrer honnête et

presque prude, ce qui détruit les effets de son propre système, et rend son succès incomplet. Enfin, il

arrive à sa victime ce qui pourrait arriver à un galant homme séduit par les plus honnêtes apparences ; il

aurait sans doute fait de certaines pertes, mais il sauverait l'honneur, si les circonstances de son aventure

étaient connues.

On pressentira aisément les raisons qui ont fait supprimer la deuxième partie de l'ouvrage : si elle était
susceptible d'une certaine espèce de comique aisé, piquant quoique forcé, elle présentait des idées noires,

et il n'en faut pas offrir de cette espèce à une nation de qui l'on peut dire que, si le rire est un caractère

distinctif de l'homme comme animal, c'est chez elle qu'il est le plus agréablement marqué. Elle n'a pas

moins de grâces dans l'attendrissement ; mais soit qu'on l'amuse ou qu'on l'intéresse, il faut ménager son

beau naturel, et lui épargner les convulsions.

Le petit ouvrage que l'on donne aujourd'hui réimprimé et augmenté, quoique peu important, a eu dans le
principe des motifs raisonnables, et son origine est assez noble pour qu'on ne doive en parler ici qu'avec

les plus grands ménagements. Il fut inspiré par la lecture du passage d'un auteur infiniment respectable,

dans lequel il est parlé des ruses que peut employer le Démon quand il veut plaire et séduire. On les a

rassemblées, autant qu'on a pu le faire, dans une allégorie où les principes sont aux prises avec les

passions : l'âme est le champ de bataille ; la curiosité engage l'action, l'allégorie est double, et les lecteurs

s'en apercevront aisément.

On ne poursuivra pas l'explication plus loin : on se souvient qu'à vingt-cinq ans, en parcourant l'édition
complète des oeuvres du Tasse, on tomba sur un volume qui ne contenait que l'éclaircissement des

allégories renfermées dans la Jérusalem délivrée. On se garda bien de l'ouvrir. On était amoureux

passionné d'Armide, d'Herminie, de Clorinde ; on perdait des chimères trop agréables si ces princesses

étaient réduites à n'être que de simples emblèmes.

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